Par Caroline Ferriol, spécialiste du sommeil des bébés et des enfants, fondatrice de Fée Dodo.
L’essentiel à retenir
- Ne laissez jamais un bébé pleurer seul, sans présence ni soutien. C’est l’isolement face à la détresse qui est délétère, pas les pleurs en eux-mêmes.
- Ne cherchez pas non plus à stopper les pleurs à tout prix. Pleurer est un mécanisme naturel de décharge émotionnelle, essentiel au bien-être de votre enfant.
- L’étude de Middlemiss a été profondément détournée dans son interprétation grand public : elle ne démontre pas que les pleurs accompagnés abîment le cerveau.
- Accompagnez les pleurs avec présence et bienveillance : restez là, parlez doucement, accueillez l’émotion sans essayer de la couper.
- Les pleurs de décharge en fin de journée sont normaux, surtout avant 6 mois. Ils permettent à bébé d’évacuer le cortisol accumulé et de basculer vers le sommeil.
- Chaque bébé est unique : observez le vôtre, ajustez votre réponse, et n’hésitez pas à demander de l’aide si les pleurs vous submergent.
Sommaire
- Faut-il laisser bébé pleurer ? La réponse courte
- Pourquoi cette question est si douloureuse pour les parents
- L’étude de Wendy Middlemiss : ce qu’elle dit réellement
- Nos réflexions sur l’étude Middlemiss
- Les pleurs de bébé comme moyen d’expression : ce que nous dit la science
- Les pleurs de décharge : un mécanisme naturel et nécessaire
- Pourquoi il ne faut pas laisser bébé pleurer seul
- Pourquoi il ne faut pas non plus empêcher bébé de pleurer
- La troisième voie de Fée Dodo : accompagner les pleurs avec présence
- Comment réagir quand bébé pleure au moment du coucher ?
- Quand les pleurs doivent vous alerter
- FAQ – Vos questions sur les pleurs de bébé
Faut-il laisser bébé pleurer ? La réponse courte
Non, il ne faut pas laisser un bébé pleurer seul, sans soutien, dans sa chambre, la porte bien fermée. Ça, c’est clair. Un bébé laissé à lui-même face à sa détresse, sans personne pour l’accueillir, vit une expérience de solitude et d’abandon qui peut fragiliser son sentiment de sécurité intérieure.
Mais la réponse ne s’arrête pas là. Car il y a une confusion immense — et très répandue — entre laisser pleurer un bébé seul et permettre à un bébé d’exprimer ses émotions par les pleurs, en votre présence aimante. Ce sont deux choses radicalement différentes.
Un bébé qui pleure dans les bras de son parent, accompagné, entendu, sécurisé, n’est pas un bébé qu’on « laisse pleurer ». C’est un bébé à qui on offre l’espace d’exprimer ce qu’il ressent. Et cette nuance change tout.
Malgré tout, entre les deux extrêmes (laisser pleurer et empêcher de pleurer à tout prix), il y a, comme toujours, tout un panel de possibles à étudier. C’est cette troisième voie que nous explorons chez Fée Dodo, et c’est le cœur de cet article.
Pourquoi cette question est si douloureuse pour les parents
L’étude de Wendy Middlemiss a été retentissante dans le domaine de la petite enfance. Menée en 2010, elle a influencé toute une génération de mamans à ne laisser pleurer leur bébé sous aucun prétexte, au risque de lui abîmer le cerveau. En cause : un déluge de cortisol lié aux larmes. Ces injonctions vis-à-vis des mamans m’ont toujours semblé fortes et, d’une certaine façon, opposées à ce qui me semblait être juste et constructif pour l’enfant et la famille.
Est-ce que je veux dire qu’il faut abandonner bébé à ses pleurs tout seul dans sa chambre, la porte bien fermée pour ne pas déranger les autres membres de la famille ? Absolument pas !
Mon expérience m’a appris qu’il est impossible de prendre des décisions en fonction d’une étude qui nous est inconnue. Car oui, ce qui est dit d’une étude pour le grand public peut être bien différent de ce qui a réellement été cherché et découvert lors des recherches scientifiques. C’est la raison pour laquelle, avant de me prononcer et d’asseoir mon avis sur la question, j’ai décidé de lire cette étude (de la relire et re-relire même !) afin de bien en comprendre les enjeux et le déroulé.
De façon générale, lorsqu’il s’agit d’études scientifiques, il est préférable d’y aller prudemment. J’ai aujourd’hui très à cœur de vous partager ce que j’en ai déduit et qui peut considérablement changer le regard que vous portez sur les pleurs de bébé, la production de cortisol et le bon développement de l’enfant.
Je précise que l’étude de Wendy Middlemiss est trouvable en ligne gratuitement dans sa version anglaise.
L’étude de Wendy Middlemiss : ce qu’elle dit réellement
L’objectif de l’étude
L’étude du Pr. Wendy Middlemiss, menée en 2010 en Nouvelle-Zélande et qui a eu cette forte répercussion dans les réseaux de maternage depuis plus de dix ans, s’intitule « Asynchronie de l’activité de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien de la mère et du nourrisson après l’arrêt des pleurs du nourrisson induite pendant la transition vers le sommeil ».
L’objectif de l’étude porte sur la synchronicité des réactions mère-enfant et de leur stress respectif en fonction des signaux que perçoit la mère de la part de son enfant.
Le résultat met en évidence qu’il existe une asynchronie de la production d’hormone du stress chez la mère et le nourrisson à partir du moment où la mère ne perçoit plus les signaux de détresse de son enfant. Dit autrement : si la mère n’entend plus son enfant pleurer, alors sa production de cortisol baisse, alors même que la production de cortisol de son enfant peut rester élevée.
Il faut bien comprendre que l’étude a été menée en lien avec le concept de synchronisation mutuelle entre la mère et son enfant durant les premiers mois de vie. Pour citer directement la phrase de conclusion du résumé : « Les résultats sont discutés en relation avec la compréhension des déterminants et des implications de la synchronisation physiologique mère-nourrisson dans la petite enfance. »
Cela consiste à dire que, dans les premiers mois de vie, les ressentis et sécrétions hormonales entre la mère et son bébé lors de leurs interactions sont similaires, ou du moins vont dans la même direction. Si le nourrisson est en détresse et produit du cortisol et que sa mère perçoit sa détresse, alors son taux de cortisol à elle va aussi augmenter.
Le déroulé de l’étude
Pour comprendre les enjeux et les résultats d’une étude, quelle qu’elle soit, il faut connaître son déroulé et l’ensemble des éléments pris en compte.
L’étude porte sur 25 nourrissons âgés de 4 à 10 mois qui participent à un programme d’entraînement au sommeil sur 4 jours (soit 3 nuits), en milieu hospitalier. Les familles étaient d’origine ethnique diverse et les mères de formation variée, idem pour les revenus familiaux. Les mères ont choisi délibérément de participer ; elles ont été orientées par leur sage-femme ou médecin en raison des difficultés qu’elles rencontraient vis-à-vis du sommeil de leur enfant.
La journée, les mères s’occupaient des nourrissons en compagnie du personnel soignant. Le soir, les mères partaient des chambres des bébés une fois que ceux-ci étaient placés dans leur lit. Il revenait donc aux bébés de s’installer en autonomie pour le sommeil et de s’endormir seuls. Quels que soient les pleurs ou les appels des bébés, les mères ne rentraient plus dans les chambres. Tous les soins de nuit étaient prodigués par les infirmières et non par les mamans. Elles ne retournaient pas non plus dans la chambre de leur enfant s’il se réveillait la nuit. Les bébés devaient s’apaiser seuls et se rendormir en autonomie.
Des prélèvements salivaires ont été effectués chez le nourrisson avant le coucher puis 20 minutes après l’endormissement, la 1ère nuit et la 3ème nuit (la dernière). Idem chez les mères.
Il faut préciser que les mères entendaient les pleurs de leur bébé avant le coucher, mais ne les entendaient plus après le coucher — elles étaient dans une autre pièce. Lorsque les nourrissons pleuraient au-delà de 5 à 10 minutes, les infirmières rentraient dans les chambres et vérifiaient que ceux-ci étaient bien emmaillotés avant de re-sortir.
Vous pouvez aussi télécharger notre fiche pratique sur l’emmaillotage.
Les résultats mis en avant
La première nuit, les bébés ont beaucoup pleuré (au minimum 2 fois 5 à 10 minutes). La troisième nuit, les bébés ont moins pleuré, voire presque plus.
Les prélèvements de première nuit montrent des taux de cortisol élevés chez les nourrissons, ainsi que chez les mères, avant et après la routine du coucher. Par contre, les prélèvements de la troisième nuit indiquent une réaction physiologique différente entre le nourrisson et sa mère : les taux de cortisol restaient élevés chez les bébés avant et après le coucher, de la même façon que la première nuit, alors que, à l’inverse, les taux de cortisol chez les mères baissaient entre le moment du coucher et après le coucher.
Les analyses de l’étude, tirées de ces résultats, sont les suivantes : les niveaux de cortisol des mères et des nourrissons étaient associés avant et après la transition au sommeil le jour 1, et ne l’étaient plus au jour 3. L’entraînement au sommeil a donc altéré la synchronisation entre la mère et son enfant, ce qui soutient l’hypothèse de départ.
L’hypothèse de base de cette étude et ses conclusions n’ont donc rien à voir avec une étude portant sur la question : « L’entraînement au sommeil est-il délétère pour la santé de l’enfant ? » Il manque énormément de paramètres pour cela — et je vais le développer juste après. Il y a donc eu une dérive importante des conclusions tirées de cette étude et du téléphone arabe qui en est ressorti.
Les répercussions dans le grand public
« Il ne faut surtout pas faire pleurer son bébé ! » Voici ce qui en est ressorti dans les réseaux de maternage. « Dans quelque circonstance que ce soit, il ne faut pas que bébé pleure. Cela le fait stresser, lui fait produire du cortisol et, par voie de conséquence, risque d’abîmer son cerveau. »
Les résultats de l’étude et la traduction grand public qui en est faite mettent les parents devant un dilemme cornélien : bébé ne doit surtout pas pleurer, mais en même temps bébé doit dormir et, tout aussi important, papa et maman doivent pouvoir dormir aussi ! Et si l’on va plus loin encore : bébé ne doit JAMAIS pleurer ! Imaginez l’effet de telles injonctions sur la culpabilité parentale face à un bébé avec un RGO interne douloureux, pleurant sans cesse durant des semaines et des heures, ou face à un bébé simplement perturbé, ou avec des pleurs du soir.
Je rencontre chaque jour depuis des années des parents en proie à de véritables traumatismes et terreurs vis-à-vis du moindre cri de leur bébé. Alors, que faire ? Les parents doivent-ils être rongés de culpabilité d’essayer de guider leur bébé vers des nuits complètes ou bien de ne pas réussir à le faire arrêter de pleurer lorsque ce dernier se met à pleurer sans raison apparente ?
Vous l’avez compris, je pense sincèrement qu’il ne faut pas tirer de conclusions hâtives et que BEAUCOUP de choses sont à nuancer vis-à-vis de cette étude.
Nos réflexions sur l’étude Middlemiss
S’il y a bien une chose sur laquelle l’ensemble de la communauté scientifique s’accorde depuis toujours, c’est qu’une étude, quelle qu’elle soit, est toujours orientée. C’est normal puisqu’elle a un but ! Quelque chose est recherché et les moyens sont alloués pour cela. Les valeurs, les croyances des chercheurs et les contextes de recherche influent également sur les études. Et c’est tout à fait normal — les chercheurs sont des êtres humains avant tout, avec un passé, un mode de croyance et des projets d’avenir.
Remettre en question une étude, c’est finalement juste ne pas être totalement d’accord avec le pourquoi et/ou le comment. Et — heureusement — cela se fait tout le temps ! De nouvelles études confirment ou au contraire, infirment d’autres études précédentes, et ce dans tous les domaines scientifiques. Il n’est pas incongru de réfléchir sur le fond et sur la forme d’une étude qui, qui plus est, est la seule dans ce domaine sur les dernières décennies.
Avant toute chose, rappelons simplement que le but de l’étude n’était pas de savoir si laisser pleurer son bébé au coucher permettait ou non de réduire les troubles du sommeil, ou si c’était nocif pour lui, mais bien d’étudier UNIQUEMENT la synchronicité mère-enfant : produisent-ils du cortisol en même temps ? Point. Les résultats ont ensuite été détournés dans leur interprétation, et il est ESSENTIEL de le noter.
Si vous voulez aller plus loin, découvrez La Fée des nuits complètes, notre programme vidéo pour les bébés de 4 à 18 mois, pour comprendre, ajuster et apaiser les endormissements, les siestes et les réveils nocturnes.
Ce que l’étude ne mesure pas
De ce que nous savons sur le déroulement de l’étude, il est possible de déplorer les éléments suivants :
L’étude n’a été menée que sur 25 enfants. Nous pouvons nous demander si c’est un échantillon assez représentatif. De même, l’étude est menée sur uniquement 3 nuits et les mesures prises ne l’ont été que sur la nuit 1 et la nuit 3. Est-ce suffisant pour en tirer des conclusions complètes ?
Il aurait peut-être été intéressant de regarder les taux de cortisol en journée en fonction des différentes activités de l’enfant. De plus, l’étude précise elle-même que certains échantillons de prélèvement n’ont pas pu être exploités en raison d’une insuffisance de salive. Nous pouvons nous demander quels auraient été les résultats complets.
Mais surtout, il n’y a pas de nuance apportée en termes d’accompagnement au sommeil, ni de proposition de définition, ni de groupes différents en termes d’approche méthodologique. Il n’y a pas non plus de groupe témoin qui permettrait de mesurer le taux de cortisol des mères et des bébés après plusieurs nuits passées sans dormir en raison d’une absence d’entraînement au sommeil, ni de comparaison des taux de cortisol chez les bébés ayant retrouvé un sommeil de qualité au bout de plusieurs jours, et ceux pour qui ça n’aurait pas été le cas. Ce qui me paraît être la donnée la plus essentielle de l’étude en réalité !
Et enfin, le plus important : il n’y a pas de groupe témoin qui permettrait de voir quels seraient les taux de cortisol et la synchronicité mère-enfant si c’étaient les mères qui s’étaient occupées elles-mêmes de leur enfant, ni si l’entraînement au sommeil s’était déroulé dans l’environnement familial des nourrissons.
L’environnement de l’étude : un biais majeur
Arrêtons-nous sur ce dernier point qui m’a particulièrement choqué. Pour rappel, le cortisol est une hormone sécrétée en cas de stress. Quoi de plus stressant pour un nouveau-né que d’être : séparé de sa maman, sans son odeur, sa chaleur, le son de sa voix ; dans un lieu inconnu (avec tout ce que cela comporte : pas dans son lit, pas les mêmes odeurs, pas le même environnement visuel) ; et pris en charge par des personnes inconnues ?
Il apparaît alors évident que le bébé va pleurer, stresser et produire du cortisol au moment où il se retrouve seul, fatigué de sa journée dans ce lieu inconnu et donc moins à même de gérer ses émotions. Et qu’il gardera ce stress, même s’il a mis en place des stratégies de sommeil autonomes et que sa relation au sommeil s’est apaisée et qu’il ne pleure plus ! Car le stress en question n’est peut-être pas lié au sommeil ou à l’endormissement ou aux pleurs, mais bien à l’environnement et au simple sentiment d’insécurité.
Je vous assure que si vous deviez dormir dans un lieu que vous ne connaissez pas et perdre tout contact avec votre personne référente malgré vos appels, vous ne dormiriez nécessairement pas sur vos deux oreilles et resteriez en alerte. Il s’agit là d’un mécanisme lié à la survie et tout à fait normal (et pas forcément délétère). Vous ne pleureriez pas forcément, mais votre corps vous maintiendrait « hormonalement » en alerte.
Le postulat de recherche ici est : est-ce que l’entraînement au sommeil altère la synchronicité mère-enfant ? Or, nous savons qu’il n’y a pas à « apprendre à son bébé à dormir ». L’objectif, lorsqu’il s’agit du sommeil, est simplement de lui proposer les meilleures conditions pour dormir, et c’est tout. Or, les meilleures conditions pour le sommeil sont : sécurité et accueil des émotions. Deux éléments absolument et complètement absents dans cette expérimentation ! Il est alors impossible de tirer de cette étude des conclusions quelconques concernant le sommeil de bébé, ses pleurs et un taux de cortisol en hausse.
D’ailleurs, plusieurs études longitudinales ont examiné les effets à long terme des méthodes d’accompagnement au sommeil (qui impliquent souvent des pleurs). Une étude australienne publiée dans la revue Pediatrics, menée auprès de 326 enfants, a conclu que ces enfants ne présentaient à l’âge de 6 ans aucun trouble supplémentaire du sommeil, du comportement ou de l’attachement par rapport aux enfants n’ayant pas suivi ces méthodes. Les travaux de Harvard sur la négligence précoce (« Neglect ») confirment, eux, que c’est bien la négligence chronique — et non les pleurs accompagnés — qui est délétère pour le développement cérébral.
Les pleurs de bébé comme moyen d’expression : ce que nous dit la science
Un bébé n’a aucun autre moyen d’expression que ses pleurs. Est-ce pour autant qu’il ne vit aucune émotion ? Non ! Mais il n’a que les pleurs pour exprimer toute la palette des émotions qui le traversent. Un bébé ne pleure jamais « pour rien », et encore moins « par caprice » — son cerveau est bien trop immature pour élaborer une telle stratégie.
Les pleurs expriment toujours quelque chose. Il peut s’agir d’un besoin physiologique : la faim, le froid, le chaud, une couche souillée, une douleur (coliques, poussées dentaires, reflux). Il peut s’agir d’un besoin affectif : le besoin de contact, de proximité, la peur de la séparation, le besoin d’être rassuré. Et il peut aussi s’agir d’un besoin de décharge émotionnelle : après une journée riche en stimulations, le bébé a parfois besoin d’évacuer le trop-plein de tensions accumulées, exactement comme un adulte qui a besoin de « craquer » après une journée éprouvante.
Les travaux d’Aletha Solter et d’Agnès Petit-Mielet
Comme le montrent les travaux d’Aletha Solter et d’Agnès Petit-Mielet, les bébés ont un besoin physiologique de pleurer pour s’exprimer, pour intégrer les événements de leur quotidien, pour apprendre à gérer leurs émotions en les extériorisant, et surtout : pour décharger leur trop-plein de cortisol !
Dans son ouvrage Pleurs et colères des enfants et des bébés (2015), la psychologue spécialiste du développement Aletha Solter souligne l’importance bien trop souvent négligée de l’expression des émotions chez l’être humain, et plus particulièrement chez le tout-petit. Combien d’entre nous avons entendu, enfants, nos parents nous sommer « d’arrêter de pleurer », ou affirmer qu’il n’y a « pas besoin de pleurer pour ça » ? Combien d’êtres humains masculins ont grandi dans le stéréotype de virilité qui veut qu’un « homme ne pleure pas » ? Combien se sont retrouvés seuls avec ces émotions, mis en retrait et sommés d’arrêter ?
Aletha Solter résume ainsi sa pensée : un bébé qui pleure ne devrait être ni distrait, ni abandonné. Autrement dit, ni la tétine à tout prix, ni le « laissez-le pleurer, ça passera ».
Agnès Petit-Mielet (2) nous explique que le fait de pleurer aide l’enfant à mieux réguler son système nerveux. En sortant de ses pleurs par lui-même, il apprend à activer son système nerveux parasympathique (celui du calme, de l’apaisement et du repos).
Le cortisol dans les larmes : un mécanisme de décharge naturel
Empêcher un bébé et un enfant de pleurer revient à nier ses émotions au lieu de les accueillir, et peut le pousser vers des comportements de compensation non souhaitables. Ajoutons que pleurer aide justement le cortisol circulant à être éliminé plus facilement : des études scientifiques ont montré que les larmes de tristesse, de colère ou d’émotion contiennent du cortisol (au contraire des larmes provoquées par le fait de couper un oignon, par exemple, qui en sont dépourvues).
Et cela est vrai pour les petits comme pour les grands. Bébés, enfants et adultes ressentent un apaisement physiologique important après avoir pleuré. Pleurer permet littéralement à l’organisme de se décharger en hormones de stress.
Les pleurs de décharge : un mécanisme naturel et nécessaire
Les pleurs de décharge sont sans doute les plus déroutants pour les parents, parce qu’ils surviennent souvent quand « tout va bien ». Le bébé a mangé, il est propre, il n’a visiblement mal nulle part. Et pourtant, en fin de journée, il se met à pleurer de manière intense et inconsolable.
Ces pleurs ne sont pas le signe que quelque chose ne va pas. Ils sont au contraire le signe que le système nerveux de votre bébé fonctionne normalement. Au cours de la journée, chaque interaction, chaque son, chaque lumière, chaque contact constitue une stimulation pour son cerveau en plein développement. Même les stimulations les plus ordinaires (une promenade, un visage nouveau, les bruits de la maison) génèrent une production de cortisol.
En fin de journée, ce cortisol accumulé doit être évacué pour que la mélatonine (l’hormone du sommeil) puisse prendre le relais et permettre un endormissement serein. Les pleurs de décharge sont précisément ce mécanisme d’évacuation. Ce sont des larmes qui libèrent littéralement le stress accumulé. Ces pleurs de décharge sont essentiels au bébé pour aller ensuite vers le sommeil : cela leur permet de réguler la balance entre cortisol et mélatonine.
Les pleurs de décharge touchent particulièrement les très jeunes bébés (0 à 6 mois), car la moindre interaction ou sortie va engendrer chez eux une forme de surstimulation et donc une sécrétion de cortisol. Plus l’enfant grandit, plus son cerveau sera à même de gérer tout cela et moins cela sera impactant pour lui. Ceci étant dit, il est important de garder en tête que certains enfants, même plus âgés, vont avoir besoin de décharger le trop-plein de la journée en pleurant quelques minutes, avant de s’endormir par exemple. Certains enfants vont même intégrer ces pleurs de décharge dans leur stratégie de sommeil d’endormissement. Il est essentiel de respecter cela et de l’accompagner avec le plus de bienveillance possible.
Néanmoins, il ne s’agit pas là pour autant de mettre le bébé ou l’enfant à l’écart durant ce besoin de décharge naturel ! Sans quoi, il pourrait éventuellement — durant ce moment d’exclusion (comme dans l’étude de Middlemiss) — produire du cortisol plutôt que de le décharger ! Car il passerait d’un état émotionnel de colère, frustration ou tristesse, à un état de peur, dû à ce que son émotion aura produit comme réaction chez l’adulte : un retrait, un abandon, un laisser-seul.
Pourquoi il ne faut pas laisser bébé pleurer seul
Laisser un bébé pleurer seul, sans présence, sans soutien, n’est bénéfique ni pour l’enfant ni pour le parent. Les raisons sont multiples.
Le cerveau d’un nourrisson est immature. Avant 5-6 ans, un enfant ne dispose pas des circuits neurologiques nécessaires pour réguler seul ses émotions intenses. Son cortex préfrontal — la zone du cerveau responsable de la gestion émotionnelle — est en plein développement. Attendre de lui qu’il « se calme tout seul » revient à lui demander quelque chose dont il est physiologiquement incapable.
Lorsqu’un bébé pleure sans obtenir de réponse, son organisme déclenche une cascade de stress : production de cortisol et d’adrénaline, accélération du rythme cardiaque, diminution du taux d’oxygène sanguin. Si cette situation se répète de manière chronique, elle peut effectivement affecter le développement de la confiance en soi et la qualité du lien d’attachement.
Par ailleurs, un bébé qui cesse de pleurer après avoir été laissé seul de manière répétée n’a pas « appris à s’endormir ». Il a appris que pleurer ne sert à rien. Ce n’est pas de l’autonomie, c’est de la résignation. Et la différence entre les deux est fondamentale pour son développement émotionnel.
Pourquoi il ne faut pas non plus empêcher bébé de pleurer
C’est l’autre versant du sujet, et il est tout aussi important. Ces dernières années, un discours s’est largement répandu : « un bébé ne doit pas pleurer ». Cette injonction, bien intentionnée, a pourtant créé chez beaucoup de parents une véritable phobie des pleurs. Au moindre gémissement, ils se précipitent pour proposer la tétine, le sein, le bercement, les bras — non pas pour accompagner l’émotion, mais pour la faire cesser le plus vite possible.
Comme je le disais, chercher systématiquement à stopper les pleurs — par la succion, le bercement frénétique, la distraction — peut paradoxalement empêcher l’enfant de se libérer de ce qu’il a besoin d’évacuer. Parfois, lorsque l’on cherche à stopper une émotion par une tétine, des bercements ou la mise au sein, ou toute une somme de réponses pour répondre aux pleurs, nous pouvons entraver le fait de laisser exprimer pleinement cette émotion aussi longtemps que nécessaire.
Et un bébé qui n’a pas pu décharger son trop-plein émotionnel en fin de journée est souvent un bébé qui dormira moins bien et se réveillera davantage la nuit.
Cela se traduit depuis plus de dix ans par une grande souffrance des familles, et surtout des jeunes mères qui interviennent immédiatement face aux pleurs de leur bébé. Ceci induit la plupart du temps la mise en place de stratégies de sommeil dépendantes et conforte le parent dans un rôle intrusif vis-à-vis du sommeil de son enfant, pendant que dans le même temps, l’enfant perd sa confiance en sa capacité à s’endormir seul. Les parents, épuisés, perdent leur patience et leur santé, sans pour autant trouver de solution pour que leur enfant dorme suffisamment.
Le manque de sommeil, pour chacun des membres de la famille, est un problème de santé publique, puisque ce dernier induit justement un taux de cortisol trop élevé chronique, véritablement délétère pour la santé cette fois.
La troisième voie de Fée Dodo : accompagner les pleurs avec présence
Il est donc important de remettre les choses dans leur contexte. Oui, il est possible d’accompagner bébé vers un sommeil autonome et suffisant, et ce parfois dans la nécessité d’une phase de changement de ce qui était en place, d’un deuil de l’avant et donc de l’accueil et la reconnaissance des émotions de protestation de l’enfant.
Accompagner les pleurs de son bébé, ce n’est pas le « laisser pleurer ». C’est accueillir ce qu’il exprime, reconnaître la légitimité de son émotion, lui offrir votre présence sécurisante, et le laisser aller au bout de sa décharge émotionnelle — sans chercher à couper court, mais sans l’abandonner non plus.
Il s’agit d’accompagner les émotions de bébé, sans les nier et sans être absent. Je vous invite à vous transposer dans l’idée que vous avez passé une journée catastrophique au bureau, votre responsable vous a hurlé dessus, vous n’avez pas eu de bonnes relations avec vos collègues… Lorsqu’en tant qu’adulte, nous avons des émotions puissantes, nous avons éventuellement besoin d’être enserrés (pas toujours), mais surtout d’être entendu. À vous de doser et de regarder ce dont votre enfant a besoin.
Concrètement, vous avez vérifié que votre bébé n’a ni faim, ni froid, ni mal. Sa couche est propre. Il est dans un environnement adapté. Et pourtant, il pleure. Dans ce cas, vous pouvez le prendre dans vos bras, ou rester près de lui, une main posée sur son ventre ou son dos. Vous lui parlez doucement. Vous lui dites que vous êtes là, que ses émotions sont légitimes, que vous les recevez. Vous respirez calmement, parce que votre calme est contagieux.
Vous ne cherchez pas à le faire taire. Vous ne le distrayez pas. Vous ne lui proposez pas le sein ou la tétine en mode « bouton off ». Vous restez avec lui, dans cette tempête émotionnelle.
Et progressivement, les pleurs diminuent. Le corps se détend. La respiration ralentit. Votre bébé s’apaise — non pas parce qu’il a été contraint au silence, mais parce qu’il a pu se libérer de ce qui le pesait, en toute sécurité.
Ceci sans susciter une hausse chronique de cortisol chez son bébé et sans abîmer son cerveau. Et c’est même l’inverse qui se produit : l’enfant va décharger son trop-plein de cortisol dû au manque de sommeil, par les larmes, avec soutien, présence et amour du parent et pouvoir s’apaiser durablement.
Chez Fée Dodo, jour après jour, nous accompagnons des centaines de bébés vers l’endormissement autonome, lorsque c’est leur chemin, et donc des centaines de familles vers un meilleur sommeil, vers plus de sérénité et d’accueil des émotions. Découvrez nos consultations pour un plan d’action adapté à votre famille.
Comment réagir quand bébé pleure au moment du coucher ?
C’est la situation qui cristallise le plus d’angoisses. Le rituel du coucher est terminé, vous posez bébé dans son lit, et les pleurs commencent. Que faire ?
Première étape : vérifiez les fondamentaux. Votre bébé a-t-il suffisamment mangé ? Est-il dans un environnement confortable (température entre 18 et 20°C, obscurité, calme) ? L’heure de coucher est-elle adaptée à son âge et à ses temps d’éveil ? Un bébé couché trop tard est un bébé en surrégime, dont le taux de cortisol est déjà trop élevé pour basculer sereinement dans le sommeil. Dans ce cas, avancer l’heure de coucher peut suffire à transformer les soirées.
Deuxième étape : identifiez le type de pleurs. Des pleurs progressifs qui montent doucement en intensité après la pose dans le lit sont souvent des pleurs de décharge ou de transition vers le sommeil. Des pleurs soudains, stridents, inhabituels doivent vous alerter sur un possible inconfort physique.
Troisième étape : accompagnez sans interférer systématiquement. Si les pleurs sont de type décharge, vous pouvez rester à proximité, poser une main rassurante, parler doucement. Vous n’avez pas besoin de reprendre bébé dans vos bras à chaque gémissement. Parfois, le simple fait de savoir que vous êtes là suffit. Donnez-lui quelques minutes pour trouver son propre chemin vers l’apaisement, tout en restant disponible.
Quatrième étape : adaptez votre réponse à votre enfant. Il n’existe pas de méthode universelle. Chez Fée Dodo, nous ne proposons pas de méthode — ça n’a pas de sens. Certains bébés ont besoin d’un contact physique étroit pour s’apaiser. D’autres ont besoin d’espace et s’énervent davantage quand on les stimule trop. Observer votre enfant, ses réactions, ses préférences, est la meilleure boussole que vous ayez.
Quand les pleurs doivent vous alerter
Si les pleurs sont le mode de communication normal d’un bébé, certaines situations justifient une consultation médicale.
Consultez votre pédiatre si votre bébé pleure de manière excessive et inhabituelle (plus de 3 heures par jour, plus de 3 jours par semaine, depuis plus de 3 semaines — c’est la règle empirique des « 3 »), si les pleurs sont accompagnés de fièvre, vomissements, refus de s’alimenter, perte de poids, si votre bébé semble avoir mal de manière récurrente (dos arqué, visage crispé, réveils brutaux en milieu de nuit pouvant évoquer un reflux gastro-œsophagien), ou si vous observez un changement brutal dans son comportement habituel.
Et surtout : si vous sentez que vous n’en pouvez plus, que les pleurs vous submergent, que la colère ou le désespoir monte — déposez votre bébé en sécurité dans son lit, sur le dos, et sortez de la pièce quelques minutes pour respirer. Appelez votre conjoint, un proche, ou une ligne d’écoute. Ne secouez jamais un bébé. Le syndrome du bébé secoué est un danger réel et les conséquences sont irréversibles. Demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, c’est un acte de protection pour votre enfant et pour vous.
Quelle est la durée du cycle de sommeil d'un bébé ?
La durée du cycle de sommeil bébé varie selon l’âge. De la naissance à 2 mois, un cycle dure environ 50 minutes et se compose de 2 phases (sommeil agité et sommeil calme). De 2 à 9 mois, il s’allonge à environ 60-70 minutes avec l’apparition d’une 3ᵉ phase (le sommeil paradoxal). Vers 1 an, le cycle dure environ 70 minutes. Il s’allonge ensuite progressivement pour atteindre 90 à 120 minutes vers 3-4 ans, soit la durée du cycle adulte. La maturité complète du cycle de sommeil est atteinte vers l’âge de 6 ans.
Comment inverser le cycle de sommeil de bébé (jour/nuit) ?
Si votre nouveau-né confond le jour et la nuit (il dort beaucoup le jour et est éveillé la nuit), c’est tout à fait normal dans les premières semaines de vie. Pour l’aider à réguler son horloge biologique, installez des marqueurs temporels clairs. Le jour : laissez entrer la lumière naturelle, nourrissez-le en dehors de la chambre, sortez-le à l’extérieur. La nuit : maintenez l’obscurité, gardez une ambiance calme et silencieuse, limitez les interactions au minimum nécessaire pendant les tétées et les changes. Cette régulation se met en place naturellement autour de 6 semaines de vie, mais ces gestes simples peuvent accélérer le processus.
Quelle est l'évolution du cycle de sommeil de bébé ?
Le cycle de sommeil bébé passe par plusieurs grandes étapes. De 0 à 2 mois, il dure 50 minutes avec 2 phases (agité + calme). Vers 2-3 mois, le sommeil paradoxal apparaît et le cycle s’allonge à 60-70 minutes. Vers 9 mois, l’endormissement se fait désormais en sommeil calme (comme l’adulte) et non plus en sommeil agité. À 1 an, le cycle dure environ 70 minutes. Il s’allonge progressivement pour se rapprocher du cycle adulte (90-120 minutes) vers 3-4 ans, et atteint sa maturité complète à 6 ans.
Quel est le cycle de sommeil de bébé par âge ?
Voici les repères essentiels : à 0-2 mois, un cycle dure ~50 min (16 à 20h de sommeil par jour). À 3-5 mois, ~60-70 min (14 à 17h de sommeil, 3 siestes). À 6-8 mois, ~70 min (13 à 17h, passage à 2-3 siestes). À 9-12 mois, ~70 min (13-14h, 2 siestes). À 12-18 mois, ~70-80 min (12-16h, 1 à 2 siestes). À 18-24 mois, ~70-90 min (12-14h, 1 sieste). Ces chiffres sont des moyennes — chaque bébé est unique.
Pourquoi mon bébé se réveille toutes les 30 à 45 minutes ?
Si votre bébé se réveille systématiquement à l’issue d’un cycle de sommeil, c’est qu’il n’arrive pas à enchaîner sur le cycle suivant. Cela peut avoir deux causes principales. Premièrement, un problème de stratégie de sommeil : si les conditions d’endormissement changent pendant le sommeil (bébé s’endort au sein puis se retrouve seul dans son lit), il se réveille complètement à chaque micro-réveil. Deuxièmement, un excès de cortisol lié à un manque de sommeil ou à des temps d’éveil trop longs, qui rend les transitions entre cycles plus difficiles. En identifiant la cause, vous pourrez agir efficacement.
À partir de quel âge bébé peut-il faire ses nuits ?
On considère qu’un bébé « fait ses nuits » lorsqu’il dort 5 à 6 heures d’affilée. Certains bébés y parviennent dès 3 mois, mais c’est plus fréquent vers 4-6 mois. À 6 mois, un bébé est physiologiquement capable de dormir une nuit complète de 12 heures sans se nourrir. Cependant, l’apprentissage du sommeil n’est pas linéaire : il y a des allers-retours normaux (poussées de croissance, dents, changements de routine…). À 10 mois, environ 90 % des bébés font leurs nuits.
Pourquoi mon bébé dort beaucoup le jour et pas la nuit ?
C’est typiquement un signe que l’horloge biologique de votre bébé n’est pas encore réglée. Chez le nouveau-né, c’est parfaitement normal (le rythme circadien se met en place vers 6 semaines). Chez un bébé plus grand, cela peut indiquer un déséquilibre dans la répartition du sommeil sur 24h. Veillez à exposer votre bébé à la lumière naturelle le jour, à maintenir l’obscurité la nuit, et à respecter les temps d’éveil adaptés à son âge pour éviter un excès de sommeil diurne qui empiéterait sur le sommeil nocturne.
Comment savoir si mon bébé est en sommeil agité ou s'il est réveillé ?
En sommeil agité, bébé bouge, grimace, émet des petits sons, ses yeux bougent sous ses paupières et peuvent s’ouvrir brièvement, mais ses mouvements restent modérés et intermittents. En vrai réveil, bébé s’agite beaucoup plus intensément, ses yeux sont grands ouverts, son corps entier est en mouvement et il finit généralement par pleurer franchement pour réclamer à manger ou du réconfort. Dans le doute, attendez quelques instants avant d’intervenir.
Cet article a été rédigé par Caroline Ferriol, fondatrice de Fée Dodo, spécialiste du sommeil des bébés et des enfants. Les informations contenues dans ce guide sont données à titre informatif et ne remplacent en aucun cas un avis médical.












